Campagne de plaidoyer européenne pour une filière textile durable

 

 

 

 

 

65 ONG européennes environnementales et de protection des droits humains ont dévoilé le 23 avril leurs propositions stratégiques pour rendre l’industrie textile plus durable. Déjà reprises par plusieurs élus européens, cette stratégie vise à alimenter les travaux de la Commission européenne et les initiatives des États membres, dans un contexte où les débats relatifs au « monde d’après » mettent en exergue l’urgence de rendre les activités économiques et les chaînes d’approvisionnement plus durables.

 

Malgré la catastrophe du Rana Plaza, les problèmes structurels liés à l’industrie de la mode n’ont pas été adressés

Le vendredi 24 avril marque le 7ème anniversaire de l’effondrement du Rana Plaza, qui a fait plus de 1100 morts et 2000 personnes blessées en banlieue de Dacca (Bangladesh). La grande majorité des victimes, des ouvrièRES, ont été retrouvées au milieu d’étiquettes de marques de vêtements occidentales. Cet événement a fortement accéléré la prise de conscience sur les conséquences catastrophiques de la fast fashion. Depuis cette date, la société civile internationale se mobilise dans le cadre de la Fashion Revolution Week.

Pour autant, les acteurs de terrain présents dans les pays de confection et de production constatent que les pratiques des industriels n’ont pas changé. Les entreprises concernées se sont dans leur large majorité contentées d’initiatives volontaires (comme le Fashion Pact, lancé en marge du G7 sous présidence française en 2019), peu transparentes et sans mécanisme robuste de redevabilité.

 

Une stratégie lancée dans un contexte de crise inédite

Les mesures de lutte contre la pandémie de COVID-19 (confinement, couvre-feux, fermeture de magasins non-essentiels dont ceux de vêtements…) affectent fortement les acteurs de la filière, à commencer les producteurs et travailleurs pauvres situés, dans leur large majorité, dans des pays à revenus intermédiaires où les industriels européens profitent de conditions de travail et de rémunération déplorables. La stratégie dévoilée vise aujourd’hui à faire en sorte que le manque de durabilité de la filière textile (impact environnemental, atteintes récurrentes aux droits des travailleurs, inégalité sociales) soit adressé dans les différents plans de relance en cours de formulation aux niveaux UE mais également des États membres. Une situation d’autant plus urgente que les pratiques commerciales déloyales (annulation de commandes en dernière minute sans compensation financière, notamment) sont en recrudescence du fait de la crise.

 

Une dynamique européenne propice à faire bouger les lignes ?

La Commission européenne promeut actuellement plusieurs initiatives visant à faire de la transition juste et de la lutte contre les changements climatiques des caps stratégiques de l’action de l’UE. Le Green Deal européen est accompagné d’un plan d’action pour l’économie circulaire. Présenté en mars, il mentionne explicitement le besoin de transformer l’industrie textile pour plus de durabilité.

Les 65 ONG européennes de défense des droits humains et de protection de l’environnement qui portent cette shadow strategy pour une filière textile durable inscrivent leurs actions dans ce contexte propice à questionner les modèles du « monde d’avant ».

Les députés européens comme les Etats membres auront un rôle clef dans la définition de la prochaine stratégie textile de l’Union européenne, en poussant notamment à ce que son approche reste intégrée comme proposée par les ONG (couverture des droits humains et notamment les droits des femmes, les pratiques d’achat, les enjeux environnementaux et de gouvernance).

 

Et la France, dans tout ça ?

Une loi nationale et très transversale sur l’économie circulaire, portée par le ministère de la transition écologique et solidaire (MTES), a déjà été adoptée. Celle-ci contient une disposition prévoyant un affichage de l’impact social et environnemental des vêtements achetés en France (votée contre l’avis du gouvernement, l’amendement a été porté par le député Dominique Potier, connu pour ses travaux sur la durabilité des filières agricoles et pour avoir porté la loi sur le devoir de vigilance des entreprises transnationales, une législation unique en son genre dont l’Union européenne doit s’inspirer). Un groupe de travail, piloté par le MTES, doit dans les prochains mois proposer des solutions afin de concrétiser cet engagement. Toutefois, les organisations actives dans la défense des droits sociaux et des conditions de vie des travailleurs textile et porteuses de solutions concrètes n’ont pas été invitées à contribuer aux réflexions. La France, qui dispose déjà d’une loi sur l’économie circulaire couvrant le secteur textile et qui soutient officiellement le Green Deal européen, aurait tout intérêt à se saisir de cette stratégie et à la promouvoir auprès des autres Etats membres de l’UE.

 

Les ODD au cœur de la stratégie pour une filière textile durable

Les Etats européens se sont engagés pour l’Agenda 2030. Cette stratégie pour une filière textile durable propose des recommandations permettant de mettre en place des actions à co-bénéfices au niveau européen, et ainsi agir positivement sur plusieurs ODD : inégalités, consommation durable, préservation de l’environnement, etc. 4D, en tant que membre d’une coalition d’ONG en Europe pour promouvoir les ODD (Make Europe Sustainable For All) est cosignataire de cette stratégie pour intégrer les ODD dans les politiques publiques.

 

Le communiqué de presse de la stratégie est disponible au format PDF ici : 23-04-20 – Communiqué de presse – Stratégie société civile textile UE

 

Le texte complet de la stratégie est disponible à l’adresse suivante : http://bit.ly/TextilesEU.

 

Le communiqué sur les impacts de la crise du COVID-19 sur l’industrie textile : Coronavirus communication

 

Les membres français de cette coalition inédite sont : Association 4D, France Nature Environnement, Max Havelaar France, WECF France, Zero Waste France.

 

Le projet Construire une Europe durable pour toutes et tous a bénéficié d’une aide financière de la Commission européenne. Son contenu relève de la seule responsabilité des partenaires du projet Construire une Europe durable pour toutes et tous et ne peut aucunement être considéré comme reflétant le point de vue de l’Union européenne.