L’eau au cœur des stratégies d’adaptation au changement climatique

Caractériser et soutenir les actions d’adaptation est une condition incontournable de l’adhésion des pays en développement à la convention des Nations unies pour le climat.

Par Jean Luc Redaud, 30 Novembre 2015 à 11h06
Les acteurs de l’eau entendent plaider l’importance des impacts du changement  climatique sur leurs activités et l’équilibre de multiples cycles naturels indispensables à la vie à l’occasion de la  convention  climat de Paris (COP21) et attirent l’attention sur les liens à établir à cette occasion  entre la question du climat et des Objectifs de Développement Durable adoptés lors de l’assemblée générale des Nations unies en Septembre 2015, en particulier avec l’objectif  » eau « .

Les conséquences des changements climatiques sur le fonctionnement des cycles de l’eau de notre planète ont été décrites dans le 5eme rapport du GIEC et ont fait l’objet d’une note de décryptage du Partenariat Français pour l’Eau en 2014. Elles seront très variables géographiquement et font l’objet de multiples incertitudes, mais globalement  le GIEC note une probable aggravation de la situation des régions déjà touchées par des excès ou des pénuries d’eau: sécheresses, inondations, submersions marines, fonte des glaces, modification des débits des rivières etc.

A la COP20 de Lima de décembre 2014, il a été décidé que les Contributions Nationales des pays (CNDP) devraient porter sur les  mesures d’adaptation autant que d’atténuation. L’examen des propositions reçues montre que l’adaptation est une demande forte des pays en développement et que le dossier de l’eau y occupe une place majeure. Elle y est présente dans 92% des volets d’adaptation des Contributions par pays présentés à la COP 21)

Les acteurs de l’eau ont des visions communes sur les moyens de faire face à ces nouveaux enjeux :

-Le changement climatique  oblige à revoir nos horizons de réflexion  et génère de nouveaux champs d’incertitudes qui doivent  conduire à réviser nos modèles de planification et de Gestion intégrée des ressources en eau

-Changements climatiques et changements globaux sont étroitement liés dans la gestion quantitative ou qualitative  des ressources en eau

-La résilience doit devenir un nouveau critère d’évaluation des activités  et solutions proposées

Le monde de l’eau est riche de solutions d’adaptation, techniques, classiques ou  innovantes combinant actions douces et vertes (protection des sols et des zones humides, renaturation des rivières,  perméabilisation des villes,  agro-écologie,  etc.) ou techniques (endiguements, barrages, dessalement, traitement des eaux, irrigation, drainages urbains ou agricoles, etc.). Les solutions sans regrets, comme les économies d’eau devraient être privilégiées en priorité.  De nombreux exemples venant d’autorités locales ou d’ONG montrent aussi comment aller au-delà des seules réponses technologiques.

Nous ne progresserons sur le chemin de l’adaptation que sous réserve de faire de sérieux progrès dans la caractérisation de ce  concept et de définir des outils de transparence, suivi, reportage et vérification. Ceci est particulier important pour les pays en développement qui font de l’obtention de financements pour l’adaptation une priorité. Avec l’appui de l’AFD et fort de l’expérience de tous les acteurs français, le PFE  déposera des propositions  à la COP21 qui concourront à mieux qualifier des projets d’adaptation « climato-sympathiques ».  Un préalable commun est sans doute une amélioration des  connaissances  des évolutions prévisibles de nos milieux aquatiques, un renforcement et une révision de nos outils de planification et de GIRE, un renforcement des dialogues entre scientifiques, gestionnaires,  décideurs et citoyens.

Dans le domaine du climat,  la stratégie qui consiste à reporter sur la génération suivante l’effort de rattrapage de celle qui a précédé a peu de sens: l’impact des émissions passées  de GES  détermine l’évolution de notre climat  pour les 30 années prochaines, c’est  de l’effort que nous ferons dans les 10 ans qui viennent que dépendra  le climat  de cette fin de siècle, d’où l’importance d’imaginer des processus de transition pour la gestion de l’eau comme on le fait pour l’énergie., Les promesses à l’horizon 2050, lorsqu’elles sont ambitieuses, sont, encore, loin d’être attachées  à des plans concrets permettant d’y parvenir. Pour le domaine de l’eau, le chemin est en construction  pour rendre « désirables »  les solutions proposées par les acteurs de l’eau.

Jean Luc Redaud, président du groupe de travail Eau et Climat du Partenariat Français pour l’Eau