Capture

Rencontre avec Thierry Maytraud

Thierry Maytraud, urbaniste hydrologue, fondateur et dirigeant du bureau d’étude ATM, a dès le début de sa vie professionnelle cherché à aborder la question de l’assainissement, de la gestion de l’eau pluviale en associant la technique (l’hydrologie urbaine) et la conception de l’espace (urbanisme, architecture, paysage).

Cette démarche a été mise en pratique pendant une vingtaine d’années dans le Département de la Seine-Saint-Denis, à la Direction de l’Eau et de l’Assainissement (DEA) du CD 93. Thierry MAYTRAUD a pu mettre en œuvre cette approche intégrée sur une multitude de projets d’aménagement qui font aujourd’hui référence dans le domaine de l’eau dans la ville.

Cette démarche innovante l’a amené à avoir aussi une activité d’enseignant dans les écoles de paysage (Versailles, Blois), d’architecture (Belleville, Marne la Vallée) et d’ingénieurs (ENPC, EIVP), dans les organismes de formation continue (INSET,OIeau) ce qui a permis de diffuser ces nouvelles approches et former les nouveaux praticiens de l’aménagement, tant sur la maîtrise d’ouvrage que sur la maîtrise d’œuvre.

Il a contribué au rapport Gestion des eaux pluviales en milieu urbain : engagez-vous dans la lutte contre le changement climatique !, réalisé par la Fondation France Libertés. 

Dans le cadre du Mardi de 4D de mars 2017, nous l’avons interviewé afin de recueillir sont point de vue sur les enjeux de l’eau en ville.

Qu’entend t’on par « l’eau en ville » ?

Parfois on parle de « l’eau dans la ville ». Il me semble que l‘expression est venue du milieu de la gestion des eaux pluviales dans les années 90 lorsque l’on a commencé à aborder la problématique de gestion des eaux pluviales à ciel ouvert et intégrée à l’aménagement urbain.

Les habitants des villes recherchent la proximité des commerces, transports, emplois… En quoi la prise en compte de l’eau est essentielle et pourrait être un service tout aussi important ? Notamment vis a vis du changement climatique ?

La présence de l’eau en ville est souvent un élément esthétique, ludique et d’animation urbain. L’eau est attractive. Aujourd’hui du fait du réchauffement climatique, l’eau devient ressource pour le confort du citadin. L’eau irrigue la ville, nourrit les espaces verts pour qu’ils produisent de l’ombre et qu’ils régulent la température par l’évapo-transpiration.

Comment faire et que préconisez vous, en tant qu’urbaniste-hydrologue et conseil, aux opérateurs, architectes ou pouvoirs publics ? 

De toujours produire un projet de gestion de l’eau à ciel ouvert, en gravitaire et surtout intégré au parti d’architecture et de paysage. Que les espaces dédiés à l’eau soient support d’usages urbains. De faire des eaux pluviales non pas des déchets mais au contraire une ressource pour la ville et ses usagers

Que manquerait-il pour que les solutions que vous proposez soient largement mises en œuvre ?

C’est simple. Qu’il y ait une vraie, forte et constante volonté des maîtrises d’ouvrage et des collectivités. Que ces maîtres d’ouvrage s’entourent de maîtrises d’œuvre qui ont sincèrement envie de réaliser ce genre de démarche ou qu’ils intègrent des assistances à maîtrise d’ouvrage spécialisées de ce domaine.

Selon une enquête IFOP de mars 2016 commandée par L’union Nationale des Entreprises du Paysage, 6 français sur 10 estiment que créer de nouveaux espaces verts devrait être la priorité n°1 des municipalités. De votre point de vue, comment les citoyens devraient intégrer l’eau à leur perception de la nature en ville ?

Il n’y pas d’espace vert sans eau. Il faut que le citoyen pense l’eau comme ressource. Et notamment l’eau de pluie.