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Rencontre avec Brice Lalonde

Brice Lalonde a été Ministre de l’environnement de 1990 à 1992, Coordonnateur exécutif de la Conférence des Nations unies sur le développement durable (Rio+20). Il est actuellement conseiller spécial du Global Compact et Président de l’Académie de l’eau.

Pourquoi faut-il s’intéresser au sujet de l’eau en ville ?

Il faut s’intéresser à toutes les questions de l’eau, où que ce soit. Mais comme la moitié de l’humanité est urbaine, la gestion de l’eau dans les villes est évidemment un sujet majeur. Tout en captant au plus près et dans les meilleures conditions une eau potable accessible à tous, les citadins doivent veiller à nettoyer l’eau qu’ils utilisent avant de la renvoyer au mieux dans la nature, mieux encore à la recycler comme à Singapour, à s’accommoder utilement des précipitations, à connaître et respecter le cours d’eau et/ou le littoral qui baigne leur cité, à partager la ressource disponible avec les usagers du bassin versant sur lequel ils se trouvent, à arbitrer entre le transport, l’industrie, l’agriculture, l’hygiène, le loisir,  l’esthétique et… la nature. La gestion de l’eau est liée à celle de l’énergie, car il faut de l’énergie pour pomper et nettoyer l’eau, et il faut généralement de l’eau pour produire de l’énergie. Enfin le souci de l’eau inspire évidemment l’urbanisme et les infrastructures urbaines.

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Avez-vous observé une évolution des consciences ces dernières années ? Celle-ci s’est-elle traduite sur le terrain ? Cela est-il dû à de nouvelles perceptions sur le changement climatique ?

Oui, je constate un renouveau des réflexions sur l’eau en ville. Elle est sans doute liée aux préoccupations d’adaptation au changement climatique car ce dernier aura pour conséquence de modifier le régime des pluies et d’accroître les événements climatiques extrêmes, canicules, tempêtes, inondations et sécheresses, sans négliger la montée du niveau de la mer. La prise de conscience écologique conduit les planificateurs, architectes et ingénieurs urbains à s’inspirer des écosystèmes aquatiques, à recueillir la pluie, à ralentir le cours de l’eau, à l’infiltrer dans les sols, à ouvrir au public les rives des cours d’eau, à nourrir la végétation de jardins urbains, à montrer davantage l’eau en surface au lieu de la canaliser dans des tuyauteries souterraines, bref à la faire aimer des citadins.

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De nos jours, comment les villes en expansion rapide gèrent-elles leur besoin en ressource hydraulique ?

La gestion de l’eau dans les villes en expansion rapide est souvent problématique. Les ressources sont plus ou moins difficiles à mobiliser, les réseaux sont insuffisants, les coupures sont fréquentes, la qualité de l’eau est médiocre, l’assainissement est négligé, et souvent le sol s’enfonce à cause des pompages. Dans de nombreux pays en développement, la gouvernance de l’urbanisation est faible : il n’y a guère de plan ni de cadastre. L’énergie et le financement font défaut. Veillons cependant à différencier les situations. Chaque ville est un cas unique.

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Le débat sur ce sujet doit-il être laissé aux experts ?

L’eau relève du développement durable avec ses multiples dimensions.

Les choix sont à la fois techniques et politiques, avec une composante économique. Il faut évidemment une gouvernance associant les citoyens aux experts, mais il faut aussi que les experts soient divers.

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Selon une enquête IFOP de mars 2016 commandée par L’union Nationale des Entreprises du Paysage, 6 français sur 10 estiment que créer de nouveaux espaces verts devrait être la priorité n°1 des municipalités. De votre point de vue, comment les citoyens devraient intégrer l’eau à leur perception de la nature en ville ?

Il faut d’abord apprendre à célébrer un corps aux propriétés étonnantes dont nous avons la chance de profiter à l’état liquide. Il faut ensuite s’inquiéter de sa répartition, de sa disponibilité, de la santé des écosystèmes qui le portent et qu’il nourrit. D’où vient l’eau de notre ville ? Où la renvoie-t-on ? Est-ce qu’elle va de soi ? L’école devrait enseigner le cycle de l’eau aux enfants : qu’y a-t-il avant le robinet, après l’évier et la chasse d’eau ? C’est quoi un bassin versant ? Comment la pluie tombe sur une forêt, sur un sol nu, sur un toit ?  Comment limiter les conséquences des inondations ? On pourrait organiser un concours sur la place de l’eau en ville et les meilleures idées de valorisation.

Merci Brice Lalonde pour cet éclairage, stimulant… et si l’idée de concours inspire nos membres, écrivez nous !