Parlez-nous d’amour, pas que de climat !

L’Accord de Paris a été signé par presque tous les pays du monde pendant la COP 21 à Paris, en 2015. Chaque Etat y a pris des engagements concrets en termes de politiques publiques, qui, s’ils sont tenus, nous permettront de rester sous le seuil critique d’une augmentation de la température de 2°C sur la Terre.

Mais ces politiques publiques sont difficilement compréhensibles à l’échelle des citoyens. C’est pour cela que 4D travaille à modéliser ce que pourra être notre futur, pays par pays, à l’échelle des familles. Ce travail de modélisation s’appuie sur les contributions signées par les pays, les projections d’organismes nationaux et internationaux (notamment l’Ademe), les statistiques et analyse de la population, l’économie et les modes de vie des différents pays…

Dans ce récit, vous pouvez rencontrer Lahsen et Zahra, un couple de commerçants marocains qui vit à Casablanca avec ses deux enfants.

Ecoutez Zahra vous raconter la vie de sa famille de 2010 à 2050 !

 

Les chiffres derrière le récit

Pour aller plus loin et comprendre le parcours de Lahsen et Zahra, découvrez les infographies issues du modélisateur OurLife21 !

 

La version écrite, racontée par Lahsen

Quand j’étais adolescent, dans les années 80, j’étais turbulent, difficile, inquiet. Ce qui m’a construit, c’est l’amour de mes parents. Mon père m’a appris la volonté. Ma mère, l’écoute des autres. Aujourd’hui, en 2050, je suis devenu grâce à eux, et sans aucun diplôme, un commerçant respecté, prospère. J’ai un beau magasin de textile à Casablanca, des produits de qualité… Et moi aussi, avec mon épouse Zahra, nous avons voulu aimer nos enfants. Bien les éduquer, pour pouvoir leur promettre un avenir.

J’ai ouvert mon commerce dans le quartier de Derb Omar, j’avais 28 ans. J’ai pu y arriver après avoir fait plein de petits boulots pendant 10 ans. Je veux dire, NOUS avons pu, moi et Zahra ! On a réussi à acheter l’appartement au-dessus.  On y vivait quand notre troisième enfant est né… On était bien. Un grand séjour, un salon avec tapis en laine et deux tables capables d’accueillir 30 personnes, trois chambres et une salle de bains et une cuisine.

Vers 2015, ma fille, l’ainée, avait été bénévole pendant la COP à Marrakech. J’ai connu l’époque du diesel, moi : à l’époque, je polluais encore comme un chien avec ma vieille camionnette. Elle me disait que le Maroc produisait de plus en plus d’électricité verte, comme on dit, que ça pourrait faire l’énergie pour ma camionnette… Et en plus c’était moins cher au km. Mes enfants me demandaient de changer, alors je l’ai fait. Ma camionnette, comme beaucoup d’autres, est devenue électrique. Mes enfants ont vu cet effort.

Et puis il y a eu la concurrence. Je n’ai plus pu mener mon commerce pareil. Quand tout le monde a voulu acheter des habits pas chers, importés de loin, qu’est ce que j’ai fait ? J’ai encore plus travaillé. J’allais plus trop dans le Souss pendant cette période. Ce n’était pas facile de garder tous nos employés. Ça me faisait mal au cœur, ils venaient d’Inezgene comme nous.

En 2030 mon fils a pris le relais. Il est allé en Chine pour négocier avec les industriels du textile. Il a changé progressivement les méthodes de gestion… comme si il valait mieux connaître les ordinateurs que les vêtements… Pendant que l’une me disait de vivre autrement, l’autre me disait que je nous devions travailler AUTREMENT aussi. J’aimais pas vraiment sa vision des choses, mais il avait raison, à ce moment-là. Après j’ai pensé que pour mon ainé si travailler ça voulait dire ne plus avoir de temps pour être là pour les fêtes, être dans l’avion tout le temps, négocier des salaires toujours plus bas des ouvrières de pays voisins… c’était pas vraiment ça qu’on voulait lui transmettre.

Alors, j’ai commencé à parler aux gens dans les transports. En 2030, il y avait le tramway, on le prenait. On prenait aussi le train avec ma femme, le TGV allait déjà à Agadir en 2040. On avait des magasins sur la côte. En parlant avec les gens, je leur disais de consommer local, des vêtements faits ici. Et là, merveille : j’ai touché leur cœur, mes affaires ont repris, et même encore mieux marché. Finalement mes efforts et l’organisation de mon fils s’additionnaient !!

Voilà. Ce que consomment les gens, comment ils font leur choix, je l’ai vu tous les jours depuis 40 ans… un commerçant, c’est un observatoire sur pattes. Et mon message, c’est ça : CONTRE le réchauffement climatique, commençons par RÉCHAUFFER LE CLIMAT… ENTRE LES GENS !! C’est-à-dire, la façon dont on se parle. Parce que nous les êtres humains, on est faits comme ça : la peur de l’autre nous guette sans arrêt. Et la peur, cela nous paralyse. Or, la vie c’est comme le commerce, il faut avoir ENVIE ensemble, non ??!!!

Ma fille, celle qui est devenue technicienne dans l’énergie solaire, elle est fière, elle me dit, que nous SOMMES parvenus à vivre différemment, pour protéger le climat. Quelle bonne nouvelle !!! Nous l’avons fait sans renoncer à ce qui compte pour nous, sans compromettre notre solidarité sociale, notre générosité vis-à-vis des nôtres. Il reste du boulot, mais on tient le bon bout. Mais, si je peux me permettre, ce n’est pas que par la science et les grands mots savants qu’on y arrivera. Non, il y a aussi le climat ENTRE LES GENS, et lui, je le redis, il FAUT le RÉCHAUFFER…

Quand on parle climat, parlons aussi d’amour de nos enfants, des miens, des vôtres… et de tous les enfants du monde. Leur vie commence. Promettons leur un bel avenir, pour qu’ils se construisent, comme nous, nous nous sommes construits.

Lahsen et Zahra, Casablanca, 1er décembre 2050.

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