Je dis MERCI pour ça !

L’Accord de Paris a été signé par presque tous les pays du monde pendant la COP 21 à Paris, en 2015. Chaque Etat y a pris des engagements concrets en termes de politiques publiques, qui, s’ils sont tenus, nous permettront de rester sous le seuil critique d’une augmentation de la température de 2°C sur la Terre.

Mais ces politiques publiques sont difficilement compréhensibles à l’échelle des citoyens. C’est pour cela que 4D travaille à modéliser ce que pourra être notre futur, pays par pays, à l’échelle des familles. Ce travail de modélisation s’appuie sur les contributions signées par les pays, les projections d’organismes nationaux et internationaux (notamment l’Ademe), les statistiques et analyse de la population, l’économie et les modes de vie des différents pays…

Dans ce récit, vous pouvez rencontrer Mhamed, un agriculteur marocain du Rif !

 

Ecoutez Mhamed vous raconter sa vie de 2010 à 2050 !

Les chiffres derrière le récit

Pour aller plus loin et comprendre le parcours de Mhamed et sa famille, découvrez les infographies issues du modélisateur OurLife21 !

La version écrite

Quand on dit ”la terre”, on pense souvent ”la planète”. Moi j’entends : la terre sous nos pieds, le sol que je travaille avec mes mains.

Tout autour de moi, c’est mon bureau : le massif du Rif. Là en face, c’est mes dossiers : les parcelles que nous cultivons avec ma famille. La lampe c’est le soleil. Admirons le très beau plafond bleu… Et ma « hiérarchie », c’est la nature ! Et oui. Chaque année elle nous accorde des ressources : plus ou moins d’eau, de lumière, de la vie dans le sol. Mais que FAISONS-nous de ces ressources ? C’est LA question de ces 40 dernières années, depuis les années 2000. La question à mille Dirhams !

On a gardé une photo de mes enfants, petits. Derrière eux, on voit encore des forêts, de l’autre côté de la vallée. A partir de 2010, ces pentes-là ont été mises en culture. Fini, la forêt ! Alors, l’eau a ruisselé plus vite, érodé, appauvri la terre et moins pénétré dans le sol, pour remplir les nappes phréatiques. Avec les problèmes du climat mondial, les sécheresses augmentaient. Dans les mêmes années, on a planté des cultures toujours plus gourmandes en eau. On pouvait se DOUTER que ça poserait problème. On les a plantées quand-même. On n’était pas assez mûrs… lI n’y a pas que les plantes qui doivent mûrir, on dirait…

Les gens qui ont des puits se trouvaient à sec. Les puits, c’est la survie de la famille : que faites-vous sans eau ? Nous résistons moins à la soif que mesdames les plantes. Quel lait donne une chèvre qui n’a pas bu, ni mangé d’herbe fraîche ? Du lait en poudre ? Enlevez l’eau, vous enlevez les paysans ! On a du creuser des puits plus profonds. Ca siphonnait les nappes. Les plus riches pouvaient creuser plus profond.  Il y avait des coupures d’eau quotidiennes dans certains villages, de l’eau juste quelques heures, parfois juste un filet d’eau. Nous nous étions assoiffés nous-mêmes, quand il faisait de plus en plus chaud, rendez-vous compte… Nous avons cru désespérer. Pourtant, nous sommes endurants. Le passé l’a prouvé. Heureusement, nous ne sommes pas stupides, pas complètement… Nous avons réagi.

D’abord, il y a eu l’électrification. Avec l’internet, on trouvait des informations pour comprendre ce qui nous arrivait… on a aussi pu faire du tourisme rural. Tout d’un coup, des gens trouvaient notre gite sur leur téléphone, on acceptait leur réservation sur notre téléphone. Ça faisait un autre revenu. Plusieurs fois, on a eu des touristes AGRONOMES de métier. Les contacts ont été… fertiles, on peut le dire. Juste après il y a eu la COP 22 chez nous. Tout ça nous a encouragé, donné des idées.

Avec l’association du village, on s’est organisé en coopérative entre agriculteurs. Là, on a amélioré nos équipements. Le plan Maroc Vert nous a aidé. Rien que le pressoir à huile : avant, mon père y passait deux jours et une nuit, presque sans dormir,  juste pour notre petite récolte d’olives familiale, dans un vieux pressoir artisanal, sur les hauteurs, en plus. Avec le pressoir mécanisé au village, vous imaginez l’énergie et le temps gagné ? Et le triporteur, tellement plus simple que le bus pour aller vendre sur le marché…

L’irrigation a beaucoup fait  aussi. J’ai récupéré une ancienne éolienne de pompage. Elle est économique. Avec mes voisins, on a appris à l’entretenir ensemble. On a du s’accorder sur qui capte quelle eau. Ca a pris du temps. Cela demande bienveillance et clairvoyance à la fois. Mais c’est ça, gérer les ressources, non ?

Il a fallu d’autres cultures moins gourmandes en eau. Certains ont testé de nouvelles techniques : l’agroécologie, la permaculture, par exemple. On avait entendu parler du village de Brachoua. Des gens ont fait des essais dans leur coin. On a vu qu’on obtenait des bons résultats. Avec très peu d’eau. Quelle TRÈS bonne nouvelle, surtout pour nos cultures vivrières ! Ca s’est répandu de ferme en ferme. Vers 2025, de premiers puits se sont RE-REMPLIS – ils « ressuscitaient »…

Et puis il y a eu les transports. Comment bien vendre nos produits si je restais coincé chez moi ? Avec le développement de la région, c’est devenu plus facile d’aller vendre en ville. Grâce à de meilleures ventes, on a pu s’acheter des panneaux solaires, qui chauffaient l’eau et faisait tourner l’électroménager… je me rappelle l’arrivée du lave-linge. 2024. Quelle amélioration pour ma femme. Vraiment. Elle, qui ne sait pas lire, a pu mieux s’occuper des enfants, les encourager à faire leurs devoirs. Toujours grâce aux transports, les enfants ont pu aller au lycée, puis même à l’université. Leur destin a changé.

Vers 2040, on était sortis d’affaire. On avait assez pour construire une nouvelle maison, plus grande. Imaginez : chacun de mes enfants y a son appartement pour sa famille. Avec cuisine équipée. Merveilleux, non ? Vous savez, je n’ai pas choisi vraiment ce métier. C’est celui de mes ancêtres depuis toujours. Mais j’ai appris à l’aimer. Pourquoi ? Parce que chaque génération peut le faire ÉVOLUER. Mes 3 enfants sont ingénieur, enseignant et horticulteur… ils feront évoluer tout ça. Et moi, ma génération, nous avons fait un superbe travail d’évolution du métier. Nous avons partagé nos solutions, appris de nos erreurs. Ca aussi « notre grande patronne la nature”, nous l’a enseigné. C’est l’école de la vie.

Et vous savez quelle « haute technologie » a été la plus précieuse ? C’est notre solidarité, notre sens de la communauté, le respect. Une fois de plus, ça nous a sauvé la vie. Quand je revoie la photo de 2010, ça nous a même embellit la vie. Connaissez-vous cette phrase : « il faudra vivre ensemble comme des frères ou mourir ensemble comme des bourriques » – qui l’a dit  ? C’est très juste de dire ça. Vous imaginez les catastrophes possibles, sinon ? Les famines, les épidémies.

Les générations qui arrivent, garderont-elles le vrai caractère des rifains ? Je ne sais pas, mais si je peux  témoigner ainsi avec le sourire,…. c’est que l’intelligence l’a emporté. Alors, je dis MERCI. Merci pour les enfants, qui n’ont pas trop payé nos bêtises, et qu’on entend encore courir dehors, et crier, et rire. MERCI.

Signé Mhamed Raïs, Bni Boufrah, 30 novembre 2050

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